Comment une épreuve de la vie nous transforme ?
- il y a 3 jours
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De Muriel Morandi
Si je devais énumérer toutes les épreuves de ma vie, les déposer une à une devant moi, leur donner un nom, un visage, une date, je crois que je manquerais de papier avant de manquer de souvenirs.
Il y aurait toutes ces fois où j'ai dû continuer alors qu'une part de moi voulait simplement s’arrêter. Les nuits sans sommeils, les blessures cachées derrière un sourire, les pertes, les déceptions, les injustices, les portes fermées et les rêves brisés.
À relire ainsi toute une vie de combats, peut-être me demanderais-je comment j'ai trouvé la force de traverser autant de tempêtes.
Et il est même possible que, face à cette longue liste, il m'arriverait de penser que cette existence a parfois été bien lourde à porter.
Alors une question demeure : fallait-il traverser tout cela pour arriver jusqu’ici ?
Je n'ai pas toutes les réponses. Mais je sais une chose : je ne suis plus celle qui est entrée dans la tempête.
L'épreuve ne m'a pas seulement blessée ; elle m'a confrontée à moi-même. Elle a ébranlé mes certitudes, révélé mes fragilités et fait disparaître certaines illusions. Sur le moment, je n'y voyais que des pertes. Je ne savais pas encore que certaines transformations commencent précisément là où nous avons l'impression que tout s'arrête.
Je pense alors à cette graine enfouie sous terre. Dans l’obscurité, elle pourrait croire qu’on l’a enterrée. Elle ignore encore que, sous cette terre qui la recouvre, une racine cherche déjà son chemin et qu'une vie nouvelle se prépare dans les profondeurs de l'âme.
Certaines épreuves ressemblent à cette terre. Elles nous plongent dans l'obscurité, nous dépouillent de nos repères et parfois nous brisent. Pourtant, au coeur même de ce que nous croyons être une fin, quelque chose peut commencer à renaître.
Cela ne signifie pas que toute souffrance soit nécessaire, ni que chaque blessure doive devenir une leçon. Une fleur qui pousse dans les ruines ne rend pas les ruines belles. Elle nous rappelle simplement que la vie possède cette force mystérieuse : celle de chercher encore la lumière, même là où tout semblait perdu .
Quand l’épreuve devient un chemin spirituel
L'épreuve ne transforme pas seulement notre manière de regarder la vie. Elle peut aussi bouleverser notre relation à Dieu .
Car il arrive un moment où nos propres forces ne suffisent plus. Malgré tous nos efforts pour avoir cherché des réponses, tenté de réparer ce qui pouvait l'être, retenu ce qui nous échappait, nous nous rendons alors à l'évidence que certaines choses ne dépendent plus de nous.
Alors naturellement, le regard se tourne vers le ciel. On demande une issue, un signe, une éclaircie. On espère qu'une porte finira par s'ouvrir, une solution viendra à nous et que Dieu répondra d'une manière ou d'une autre.
Mais parfois le ciel demeure silencieux. Et ce silence peut devenir une épreuve au coeur de l'épreuve. C'est là qu'une question monte au plus profond de nous : « Seigneur, où es-tu au milieu de tout ça ? »
Jésus n’a jamais promis une existence à l'abri de l'épreuve, il a dit : « Dans le monde, vous aurez à souffrir. Mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde. » (Jean 16,33)
Ces paroles ne nous demandent pas de trouver une solution par nous-mêmes, mais de faire confiance au Seigneur, car sa promesse dit qu'il est vainqueur du monde !
Jésus lui-même l'a vécu à Gethsémani. À l'approche de son arrestation et de sa mort, Jésus ne dissimule ni son angoisse ni sa douleur. Il demande au Père que cette coupe s'éloigne de lui avant de murmurer :
« Non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » (Matthieu 26,39)
Quelle leçon extraordinaire, afin de nous enseigner que la foi n’est pas l’absence de peur. Elle peut trembler, pleurer, questionner Dieu et même lui dire : « Je ne veux pas de cette épreuve. »
Mais au milieu de tout cela, elle continue de murmurer :
« Seigneur, je ne comprends pas, mais ne me laisse pas traverser cela sans toi. »
Peut-être est-ce cela que Jésus nous enseigne : ne pas nier la souffrance, ne pas faire semblant d'être fort lorsque tout vacille, mais apprendre à la traverser en présence de Dieu.
Et cette présence, les disciples eux-mêmes ont dû l'apprendre et la reconnaître.
Un jour, alors qu'ils traversent le lac avec Jésus, une violente tempête se lève. Les vagues frappent la barque, la peur les envahit et Jésus dort.
Cette scène ressemble étrangement à certaines périodes de notre existence. Il arrive que tout s'agite autour de nous tandis que Dieu paraît silencieux. Nous cherchons un signe, une intervention, quelque chose qui nous prouve qu'il est encore là.
Pourtant dans le récit, Jésus n'avait jamais quitté la barque. La tempête n'était donc pas la preuve de son absence. Et peut-être est-ce là l'un des enseignements les plus profonds de cette traversée : la présence de Dieu ne signifie pas que nous serons épargnés par toutes les tempêtes. Elle signifie que nous les traverserons pas seuls.
Dieu est aussi dans la barque. Lorsque la tempête éclate sur le lac, les disciples paniquent tandis que Jésus dort dans la barque.
Alors au lieu de demander seulement : " Seigneur, pourquoi cette épreuve dans ma vie ? "
Nous pouvons peu à peu apprendre à dire : " Seigneur, puisque je ne peux pas toujours choisir ce que la vie me mettra sur mon chemin, apprends-moi à le traverser sans perdre la foi, ni l'espérance et surtout sans me perdre moi-même. "
Car parfois, tandis que nous demandons à Dieu de transformer nos circonstances, quelque chose se transforme silencieusement en nous. Comme l’arbre en hiver, rien ne semble pousser à la surface. Pourtant, sous la terre, les racines s’enfoncent.
La foi devient plus profonde et certaines illusions tombent.
Notre prière devient moins parfaite, mais plus vraie.
Et nous découvrons que Dieu peut faire pousser quelque chose même dans une terre que nous n'avons jamais pu imaginer.
Un temps pour soi et avec Dieu
Après avoir traversé ces mots, vous pouvez prendre quelques minutes pour découvrir ce que l'épreuve a développé en vous-mêmes.
Non pas pour chercher immédiatement une réponse à l'épreuve, mais simplement pour écouter ce qu'elle vient toucher au plus profond de vous.
Prenez une feuille et quelques minutes de silence.
Commencez par écrire :
« Seigneur, ce qui me fait mal aujourd’hui, c'est ………………………………………………………………………… »
Écrivez sans vous censurer. Votre peur, votre colère, votre fatigue, votre incompréhension. Dieu n’a pas besoin d’une belle prière. Il attend une prière vraie.
Puis répondez à ces quatre questions :
Qu’est-ce que cette épreuve m’a pris ?
Qu’est-ce qu’elle révèle en moi ?
Qu’est-ce que je ne veux surtout pas la laisser détruire en moi ?
Qu’est-ce que Dieu pourrait faire grandir en moi à travers cette traversée ?
Et terminez par cette prière :
Prière pour demander la libération d'une épreuve : ccoucou ma chère, t'as bien dormi ?
Seigneur Jésus,
Toi qui apaises les coeurs troublés et relèves ceux que l'épreuve a courbés et rends la paix à ceux qui viennent à toi, viens aujourd'hui dans mon épreuve.
Éclaire ce que je ne comprends pas, apaise ce qui tourmente mon esprit, délie-moi de ce qui m'accable et délivre-moi de ce qui m'empêche d'avancer.
Que cette épreuve, par ta grâce, ne m'emprisonne pas, mais me transforme,
Fais de ma faiblesse une force, de ma confusion une clarté, et de mon épreuve un chemin vers la paix.
Seigneur, libère-moi de ce qui m'accable ; façonne mon coeur selon ton dessein et accomplis en moi, à travers cette épreuve, la transformation que tu désires, afin que je retrouve la paix et la liberté.
Amen.
Et après l'épreuve...
Au fond le message de Jésus ne nous promet pas une vie épargnée par l'épreuve. Il nous apprend plutôt que ce que nous traversons n'a pas le pouvoir de décider seul de ce que nous deviendrons.
Gethsémani nous rappelle que nous pouvons avoir peur sans perdre la foi. La croix nous enseigne que certaines douleurs dépassent les mots. Et la résurrection nous révèle que Dieu peut faire surgir une réalité nouvelle là où l'être humain ne voyait plus aucune issue.
C'est peut-être ainsi qu'il faut regarder nos propres épreuves : non pas en cherchant à tout prix pourquoi elles nous sont arrivées, mais en nous demandant ce qu'elles sont en train de nous révéler, d'enseigner et de faire grandir en nous.
Nous ne choisissons pas toujours ce qui vient bouleverser notre existence, mais avec le temps, la foi et la grâce de Dieu, nous pouvons choisir de ne pas laisser l'épreuve devenir notre prison.
Et un jour, en regardant derrière nous, nous comprendrons que nous n'avons pas seulement survécu à ce qui devait nous briser. Nous sommes devenus, à travers l'épreuve, quelqu'un que nous ne connaissions pas encore.
Non parce que la souffrance était nécessaire, mais parce que même au coeur de l'épreuve, Dieu n'a jamais cessé d'oeuvrer en nous.
Avec toute ma compassion.
Muriel Morandi







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